Vous venez de lancer votre entreprise, ou vous y pensez sérieusement, et vous vous demandez déjà combien de trésorerie vous devez prévoir ? Sachez pour commencer que c’est une très bonne question. Néanmoins, la réponse ne se limite pas en un chiffre sûr, puisqu’elle dépend principalement de différents facteurs inhérents à votre activité, mais aussi à votre statut juridique.
Alors, qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Combien faut-il avoir sur son compte bancaire professionnel pour dormir tranquille ? Je vous propose de faire le point ensemble.
Qu’est-ce que la trésorerie exactement ?
La trésorerie désigne l’argent disponible dans votre entreprise à un instant T. Attention, il ne s’agit ni de votre chiffre d’affaires, ni de vos factures en attente, mais bien de l’argent liquide réellement sur votre compte et prêt à payer vos dépenses.
Pourquoi est-elle aussi importante ? Tout simplement parce que vous pouvez très bien avoir une activité florissante sur le papier, avec des clients qui vous doivent de l’argent, tout en vous retrouvant incapable de payer un fournisseur ou vos charges sociales. C’est ce que l’on appelle un problème de liquidités, et c’est la première cause de faillite chez les jeunes entreprises.
Combien faut-il prévoir de trésorerie ?
Comme je l’ai évoqué en introduction, il n’existe pas de montant universel qui pourrait vous rassurer. Cependant, il y a une règle simple que beaucoup de comptables recommandent : avoir en permanence l’équivalent de 2 à 3 mois de dépenses fixes sur votre compte bancaire.
Mais, pourquoi 2 à 3 mois ? Eh bien, pour faire simple, ces 2 à 3 mois forment le délai minimum estimé pour anticiper un coup dur, comme un client qui paie en retard, une grosse dépense imprévue, une période creuse dans votre activité, ou simplement le paiement de la TVA qui tombe au mauvais moment.
Par exemple, si vos dépenses fixes mensuelles (loyer, salaires, abonnements, remboursement de prêt, fournisseurs récurrents) s’élèvent à 15 000 €, vous devriez viser un solde de trésorerie minimum de 30 000 à 45 000 €.

Comment bien lire sa trésorerie ?
Pour savoir où vous en êtes dans votre trésorerie, il est capital que vous suiviez ces deux flux :
- les encaissements, à savoir tout ce qui est entre (paiements clients, subventions, remboursement de TVA, financement extérieur) ;
- les décaissements, c’est-à-dire tout ce qui sort (loyer, salaires, remboursement de prêt, paiements fournisseurs, investissements, impôts, TVA).
Pour être parfaitement clair, c’est la différence entre ces deux flux qui forme votre solde de trésorerie. Et votre objectif est bien évidemment que ce solde ne passe jamais dans le rouge, ou le moins souvent possible.
Surtout, ne négligez pas la lecture de ces deux flux, car l’un des problèmes les plus classiques des entrepreneurs débutants est de confondre facturation et encaissement. Vous avez facturé un client 3 000 € ? Tant que celui-ci ne vous a pas payé, cet argent n’existe pas dans votre trésorerie. Or, les délais de paiement sont parfois très longs, de 30 à 60 jours selon les cas, ce qui crée un décalage souvent compliqué à gérer.
Qu’est-ce que le BFR ?
Impossible de parler de trésorerie sans évoquer le BFR, ou le besoin en fonds de roulement. Il s’agit ici du montant d’argent dont vous avez besoin pour financer le décalage entre vos sorties et vos entrées d’argent.
En d’autres termes, le BFR est la somme que vous devez avoir en réserve pour faire tourner votre activité en attendant que vos clients vous paient.
Plus vos délais de paiement clients sont longs, plus votre besoin en fonds de roulement est élevé. Plus vous payez vite vos fournisseurs, plus votre BFR est élevé également. Toutes ces considérations sont purement mécaniques. Autant dire que vous devez bien l’anticiper si vous voulez soigner la gestion financière de votre entreprise.
Comment faire un prévisionnel de trésorerie ?
Vous n’avez pas besoin d’un logiciel sophistiqué pour commencer à mettre en place de bonnes pratiques. Croyez-moi, je suis bien placé pour savoir qu’un tableur Excel suffit amplement au démarrage (et même pour les premières années). L’essentiel est que ce dernier soit construit de la manière la plus efficiente possible, avec :
- la liste des encaissements prévus mois par mois ;
- la liste des décaissements prévue mois par mois ;
- le solde mensuel (encaissements – décaissements) ;
- le cumul du solde mois après mois pour voir l’évolution sur l’année.
Votre tableau prévisionnel de trésorerie doit être une boussole et vous permettre d’anticiper les mois difficiles avant qu’ils arrivent. De cette façon, vous pourrez prendre les bonnes décisions au bon moment, comme négocier un délai de paiement avec un fournisseur, accélérer la facturation, ou solliciter un prêt bancaire avant d’être dans l’urgence.
Bien entendu, vous avez la possibilité d’opter pour un logiciel de gestion comptable ou un outil en ligne qui automatisera tout ça en se connectant à votre comptabilité. Certains modèles SaaS récupèrent même directement vos données bancaires et génèrent vos prévisions automatiquement.
Budget et trésorerie : quels sont les pièges à éviter ?
Vous ne devez surtout pas confondre budget et trésorerie. En effet, votre budget est une vision annuelle de vos revenus et dépenses prévus. En revanche, votre trésorerie est le cash dont vous disposez dès aujourd’hui. Si les deux sont bien liés, ce n’est pas pour autant la même chose.
De même, oubliez jusqu’à l’existence de la TVA. Car là aussi, il s’agit d’une erreur très classique. Certes, vous encaissez la TVA pour le compte de l’État, mais cet argent n’est pas le vôtre. Et si vous le dépensez, vous risquez d’avoir une très mauvaise surprise lors de votre déclaration. Une attitude saine consiste par exemple à provisionner la TVA que vous encaissez sur un compte bancaire à part.
Également, évitez de faire des prévisions trop optimistes, car en matière de prévisionnel, il vaut mieux au contraire être prudent. Retardez vos encaissements de quelques semaines dans votre modèle et avancez vos décaissements. De cette façon, si tout se passe comme prévu, vous aurez une bonne surprise, et non l’inverse.
Enfin, monitorez régulièrement. Ne faites pas comme beaucoup d’entrepreneurs débutants qui ne mettent pas à jour leur plan de trésorerie. Prenez au contraire l’habitude de le revoir chaque semaine, ou au moins chaque mois.
En bref, comme vous pouvez le constater, gérer une trésorerie n’est pas réservé aux experts-comptables ou aux grandes entreprises. Au contraire, c’est une compétence de base que tout entrepreneur devrait acquérir le plus tôt possible. Si vous débutez, pas de panique ! Entre la règle des 2 ou 3 mois de dépenses en solde, le suivi d’un tableau prévisionnel régulier, et une bonne gestion de vos paiements et de votre TVA, vous devriez pouvoir avancer sereinement.


