Vous lancez votre entreprise en cours d’année ? Votre salarié démissionne en milieu de mois ? Vous signez un bail commercial le 15 du mois ? Bienvenue dans l’univers du prorata temporis ! Cette notion comptable qui fait peur à beaucoup d’entrepreneurs est pourtant votre meilleure alliée pour une gestion financière précise et fiable. Fini les approximations qui vous font perdre de l’argent ou créent des tensions avec vos partenaires.
Dans votre activité, vous allez constamment jongler avec des situations où cette méthode de calcul devient indispensable. Que ce soit pour l’amortissement de vos actifs, la gestion des salaires, le calcul de la TVA ou votre loyer si vous en avez un, le coefficient de prorata temporis s’applique partout. Et c’est justement là que beaucoup d’entreprises se plantent, car elles arrondissent, elles estiment, elles font de l’approximatif, allant jusqu’à perdre en précision comptable et parfois même en euros sonnants et trébuchants.
Le prorata temporis, c’est quoi exactement ?
Bon, commençons par la base. Le prorata temporis (ou « au prorata du temps » pour les non-latinistes) est une formule de calcul qui permet d’ajuster n’importe quel montant en fonction de la période réellement utilisée. C’est le principe de base de l’équité en comptabilité. Vous payez ou vous facturez uniquement ce qui correspond au temps effectif d’utilisation ou de travail.
Et cette méthode de taxation proportionnelle s’applique dans un paquet de contextes différents. Création d’entreprise en cours d’exercice comptable, embauche ou départ d’un salarié en milieu de période, achat d’équipement en cours d’année, souscription d’une assurance en milieu de cycle, etc., à chaque fois, le calcul du prorata temporis vous permet d’avoir une vision juste et précise de vos charges et produits.
L’amortissement au prorata temporis : le cas classique
L’amortissement, c’est LA situation où vous allez obligatoirement utiliser le prorata temporis. Quand vous achetez un actif immobilisé pour votre entreprise (un ordinateur, une machine, un véhicule, etc.), vous ne pouvez pas déduire tout le montant d’un coup. Vous devez l’amortir sur sa durée de vie probable, et c’est là que le prorata temporis entre en jeu.
Prenons un exemple concret. Vous achetez un équipement pour 12 000 euros le 1er juillet avec une durée d’amortissement de 3 ans. Votre taux d’amortissement annuel est donc de 4 000 euros (12 000 ÷ 3). Mais attention, comme vous n’avez utilisé cet équipement que 6 mois durant la première année fiscale, votre amortissement pour cette année sera calculé au prorata temporis, soit 4 000 € × (6 ÷ 12) = 2 000 euros.
Notez qu’il existe deux types d’amortissement principaux : le mode linéaire et le mode dégressif. Dans le cas de l’amortissement linéaire, vous répartissez le montant de façon égale sur toute la période. C’est le plus simple et le plus courant. L’amortissement dégressif, quant à lui, permet une déduction plus importante en début de vie de l’actif, mais le calcul du prorata temporis s’applique de la même manière pour la première année.
Bon à savoir : Tracez un tableau d’amortissement dès l’acquisition de votre actif. Notez-y la date d’acquisition, le montant total, la durée prévue, le taux annuel, et surtout le coefficient de prorata pour la première année. Vous vous éviterez bien des mauvaises surprises lors de la clôture de votre exercice comptable.
Salaires et charges sociales : ne vous plantez pas sur les calculs
La gestion des salaires au prorata temporis est un classique des erreurs en comptabilité d’entreprise. Un employé arrive le 15 du mois ? Il part en milieu de période ? Il prend un congé sans solde ? À chaque fois, vous devez calculer son salaire en fonction des jours réellement travaillés.
La formule de base pour le salaire mensuel est la suivante :
(Salaire mensuel brut ÷ Nombre de jours ouvrés du mois) × Nombre de jours travaillés.
Si votre collaborateur touche normalement 3 000 euros bruts par mois et qu’il ne travaille que 10 jours sur les 20 jours ouvrés du mois, son salaire sera donc de : 3 000 ÷ 20 × 10 = 1 500 euros.
Mais attention aux pièges ! Il faut bien distinguer les jours calendaires des jours ouvrés. En fonction de votre convention collective et du service RH, la méthode de calcul peut varier légèrement. Certaines entreprises calculent ainsi sur une base de jours calendaires (30 jours), alors que d’autres préfèrent les jours ouvrés réels du mois. Vérifiez donc toujours votre convention collective pour éviter les litiges.
Sachez enfin que cette approche vaut aussi pour les primes ! Une prime annuelle de 2 400 euros pour un salarié qui part après 8 mois ? Le calcul est facile : 2 400 € × (8 ÷ 12) = 1 600 euros.
TVA et seuil de franchise : le prorata qui peut tout changer
Parlons maintenant de la TVA et du fameux seuil de franchise en base. Si vous créez votre entreprise en cours d’année, vous devez calculer votre chiffre d’affaires au prorata temporis pour savoir si vous dépassez le plafond de la franchise en base de TVA.
Le principe est là encore assez simple. Si vous démarrez votre activité le 1er juillet, votre seuil de franchise pour l’année sera de la moitié du montant annuel normal. Pour une activité de prestation de services (seuil classique à 37 500 euros), votre seuil de prorata temporis sera de : 37 500 × (6 ÷ 12) = 18 750 euros. En gros, si vous dépassez ce montant, vous basculez en TVA.
Même logique pour les régimes de la micro-entreprise et micro-BIC/BNC. Les plafonds de chiffre d’affaires s’ajustent en fonction de la date de création de votre entreprise. Ne prenez pas ces points à la légère, car le dépassement de ces seuils vous fait sortir du régime micro, avec toutes les implications comptables et fiscales que ça implique.
Dès la création de votre structure, notez bien votre date de début d’activité et calculez immédiatement tous vos seuils au prorata. Mettez des alertes dans votre compta pour suivre l’évolution de votre chiffre et anticiper un éventuel changement de régime. Ça vous évitera les régularisations douloureuses avec l’administration fiscale.

Loyers et charges : l’occupation en proportion
Le loyer commercial ou professionnel est, lui aussi, un grand classique du prorata temporis. Vous signez un bail le 15 du mois ? Vous quittez vos locaux en milieu de période ? Il faut ajuster le loyer en fonction de la durée réelle d’occupation.
Ainsi, pour un loyer de 1 200 euros par mois, si vous occupez les lieux seulement 15 jours sur 30, vous paierez : 1 200 × (15 ÷ 30) = 600 euros. D’ailleurs, vérifiez toujours que cette clause de calcul au prorata figure noir sur blanc dans votre contrat.
Même raisonnement pour les charges locatives : eau, électricité, chauffage collectif, entretien des parties communes, etc. Tout doit être calculé au prorata de votre période d’occupation.
Si vous partagez un espace de coworking, rassurez-vous, la répartition des coûts se fait souvent selon ce principe de proportion du temps et de l’utilisation.
Les autres situations courantes en entreprise
Le prorata temporis s’applique dans plein d’autres contextes de votre activité quotidienne, à commencer par les contrats d’assurance professionnelle, par exemple. Si vous résiliez votre assurance responsabilité civile après 8 mois sur un contrat annuel de 1 200 euros, l’assureur doit vous rembourser : 1 200 × (4 ÷ 12) = 400 euros pour les 4 mois non consommés.
Pour les abonnements et services récurrents (logiciels comptables, plateformes SaaS, licences professionnelles, etc.), le calcul fonctionne pareil. Un service à 240 euros par an que vous utilisez seulement 7 mois ? Vous ne devez payer que : 240 × (7 ÷ 12) = 140 euros. La plupart des fournisseurs sérieux appliquent automatiquement cette règle de répartition, mais méfiez-vous tout de même.
Enfin, dans le cadre d’une société civile ou d’une SCI (société civile immobilière), le prorata temporis s’applique aussi pour la répartition des produits et charges entre associés, notamment lors d’entrées ou de sorties en cours d’exercice. Chaque associé doit contribuer et percevoir au prorata de sa période de présence au capital.
Les outils pour automatiser vos calculs
Franchement, calculer manuellement le prorata temporis pour chaque opération est chronophage et source d’erreurs. Heureusement, la plupart des logiciels de comptabilité intègrent ces calculs automatiquement. Que vous utilisiez un outil en ligne ou un logiciel installé en réseau, vérifiez qu’il gère correctement les amortissements au prorata, le calcul des salaires sur période partielle et les ajustements de charges.
Sachez aussi que, dans Excel ou Google Sheets, vous pouvez créer des formules simples pour automatiser ces calculs. Par exemple : =Montant_Total*(Jours_Utilisés/Jours_Total). Créez-vous un petit tableau avec les situations types (amortissement, salaire, loyer) et les formules correspondantes. Ça vous fera gagner un temps fou au quotidien.
En bref, le prorata temporis n’est vraiment pas sorcier une fois qu’on a compris le principe de base qui est que tout se calcule en proportion du temps. Que ce soit pour vos amortissements, vos salaires, votre TVA, votre loyer ou n’importe quelle autre charge de votre entreprise, cette méthode de gestion vous garantit précision et équité.


