Ne nous voilons pas la face, l’entretien professionnel n’a jamais été le rendez-vous préféré des chefs d’entreprise. Coincé entre l’entretien annuel, le bilan comptable et les urgences du quotidien, il passe souvent pour une formalité de plus dont on se passerait bien.
Et c’est dommage, car bien mené, c’est l’un des rares moments où vous parlez d’avenir avec vos salariés plutôt que de dossiers en cours. De plus, la loi du 24 octobre 2025 a rebattu les cartes avec un nouveau nom, un nouveau rythme et de nouveaux rendez-vous à ne pas manquer.
Commencez par mettre votre calendrier à jour
Depuis le 26 octobre 2025, l’entretien professionnel s’appelle officiellement l’entretien de parcours professionnel. Il concerne toutes les entreprises dès le premier salarié et son rythme a changé. Le premier entretien doit ainsi avoir lieu dans l’année qui suit l’embauche, puis au moins tous les quatre ans (contre deux auparavant) à compter du dernier entretien réalisé. Concrètement, si le dernier entretien d’un salarié remonte à mars 2024, le prochain devra avoir lieu au plus tard en mars 2028, sauf si un accord collectif prévoit un rythme plus soutenu. Tous les huit ans, un état des lieux récapitulatif permet également de vérifier que votre salarié a bien eu ses entretiens et qu’il a suivi au moins une formation, obtenu une certification ou connu une progression salariale ou professionnelle.
Mais ce n’est pas tout, puisqu’il y a également deux nouveaux rendez-vous liés à l’âge :
- un entretien de mi-carrière dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière (autour de 45 ans) ;
- un autre dans les deux années qui précèdent les 60 ans, consacré notamment au maintien dans l’emploi et aux aménagements de fin de carrière.
Rassemblez le parcours de votre salarié
Je ne vais rien vous apprendre en vous disant qu’un bon entretien se prépare. Et pour cela, vous devez commencer par regarder en arrière.
Avant le jour J, je vous conseille de réunir tout ce qui retrace le parcours de votre salarié : sa fiche de poste (et ce qu’elle est devenue dans la réalité), les formations suivies, les certifications obtenues, l’évolution de sa rémunération et le compte rendu du précédent entretien. Et surtout, relisez ce qui avait été convenu la dernière fois. Si vous aviez promis une formation qui n’a jamais vu le jour, mieux vaut vous en souvenir avant que votre salarié ne vous le rappelle.
Ensuite, regardez devant vous. Quels seront les besoins de votre entreprise dans les prochaines années ? Quelles compétences risquent de devenir indispensables ? L’idée est d’arriver avec une vision des opportunités possibles pour faire coïncider les envies de votre salarié avec les besoins de votre activité. C’est là que l’entretien devient vraiment utile, pour lui comme pour vous.
Laissez à votre salarié le temps de se préparer
N’allez surtout pas croire qu’un entretien professionnel est une sorte d’interrogation surprise. Au contraire, si vous voulez faire les choses dans les règles de l’art, vous devez prévenir votre salarié au moins deux semaines à l’avance, lui expliquer l’objectif du rendez-vous et lui transmettre les grandes questions qui seront abordées.
Par exemple : « Quelles compétences utilisez-vous le plus ? », « Lesquelles aimeriez-vous développer ? » ou « Comment voyez-vous votre métier dans quatre ans ? »
De votre côté, préparez une trame identique pour tous vos salariés (retour sur le parcours, compétences, souhaits d’évolution, besoins de formation, actions décidées). Vous gagnerez du temps et vos comptes rendus seront comparables d’un entretien à l’autre.
Profitez-en aussi pour lui rappeler qu’il peut se faire accompagner gratuitement par un conseiller en évolution professionnelle (CEP) pour réfléchir à son projet. Attention, ce n’est pas un détail ! Selon le baromètre 2026 de l’Ifop pour Mon CEP, 64 % des salariés n’ont reçu aucune information sur ce service de la part de leur employeur.
Quant à vous, si vous dirigez une TPE ou une PME, sachez que votre opérateur de compétences (OPCO) a justement pour mission de vous accompagner. Pourquoi vous en priver ?

Le jour J, parlez d’avenir plutôt que de résultats
Tout comme l’entretien n’est pas une interrogation surprise, il n’est pas non plus l’occasion de régler vos comptes. Le Code du travail est d’ailleurs très clair à ce sujet : l’entretien de parcours professionnel ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié.
Par conséquent, si vous l’organisez le même jour que l’entretien annuel, séparez bien les deux temps (et les deux comptes rendus). Au cours de l’entretien de parcours professionnel, il n’est question que de compétences, de parcours, de besoins de formation et de souhaits d’évolution. Vous devez aussi informer votre salarié sur l’activation de son compte personnel de formation (CPF), les abondements que vous pourriez financer et le conseil en évolution professionnelle.
Côté posture, écoutez plus que vous ne parlez. Soyez honnête sur ce qui est possible, évitez les promesses en l’air et concluez par des actions concrètes, comme une formation, un tutorat, une nouvelle mission ou une date de suivi. Enfin, n’oubliez pas la paperasse, car l’entretien donne lieu à un document écrit dont une copie doit être remise au salarié.
Vous l’aurez compris, l’entretien professionnel n’a rien d’une corvée s’il est bien préparé. Il peut vous permettre de prendre du recul avec chacun de vos salariés, de repérer les talents à faire grandir et de désamorcer les envies d’ailleurs avant qu’elles ne se transforment en lettre de démission. Et puisque ce rendez-vous ne revient plus que tous les quatre ans, vous n’avez plus vraiment d’excuse pour le bâcler !


